L'histoire commence par un prénom...

L'histoire commence par un prénom...
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Gini portait des parfums d'homme. Elle disait que ça lui donnait du sex appeal et de l'audace. Elle buvait sa bière dans des pintes, toujours ( pas de cannettes, bouteilles ou verres ordinaires), uniquement des pintes donc, les pieds sur la chaise d'en face, la nuque renversée, le zippo faisant des tonneaux entre les doigts de sa main droite et un pan de sa gigantesque écharpe trainant sur le sol. Elle disait que ça la rendait sexy... et elle avait raison. Le plus incroyable était qu'elle effectuait ces gestes réglés au millimètre près avec une nonchalance, une désinvolture et un contrôle total d'elle-même : elle paraissait complètement naturelle. Elle plaisait aux hommes et elle le savait. Elle avait ce côté garçon manqué, fille superbe, géniale et désespérément inaccessible. Elle attirait les hommes comme une semelle de chaussure un chewing gum. Elle était désirable et désirée. Elle restait pourtant secrète, sauvage et farouche et ne cédait que très rarement aux avances de candidats aux parties de jambes en l'air. Lorsqu'elle le faisait, c'est qu'elle en avait besoin. Le soir, elle balançait ses clés sur la console dans l'entrée de l'appartement. Elle claquait la porte en donnant un grand coup de pied dedans. Elle restait dans le noir, laissant s'écraser son sac par terre et s'affalait dans son canapé, orienté vers la fenêtre. Et puis, elle regardait les étoiles. Elle n'allumait la télé qu'en cas d'extrême solitude. Elle scrutait les étoiles de ses grands yeux noirs, les genous sous le menton, les larmes dégringolant sur ses joues. Elle étouffait ses sanglots, comme d'habitude. Les cloisons n'étaient pas bien épaisses et elle ne voulait pas que les voisins profitent de son malheur ou pensent toutes les nuits, qu'elle allait se suicider. Elle restait là sans bouger. Et puis son chat venait l'apaiser en miaulant faiblement, se caler contre elle, se contorsionnant et lui donnant de petits coups de tête dans les côtes, réclamant caresses et autres mouvements de considération. Alors, elle séchait ses larmes avec la manche de son pull et ouvrait ses bras pour accueillir son gros matou sur elle. C'était un persan. Un cadeau de sa grand-mère aujourd'hui décédée. Elle continuait de pleurer, silencieuse, et ça continuerait jusqu'au levé du jour sauf si elle s'endormait avant.
Vieillir était une chose attroce pour elle. Mourir était inconcevable. Depuis son adolescence, elle entretenait un rapport douloureux avec la mort. Sa soeur est morte à l'issue de l'accouchement de son deuxième enfant. Depuis, elle comptait les jours passés, comme s'ils étaient une victoire de plus sur la mort. Depuis son quinzième anniversaire, elle économisait pour que lorsqu'elle serait morte, on la garde congelée, quelque part dans un frigo, au cas où une avancée scientifique permettrait de ressuciter les gens. Elle voulait avoir une petite chance de rester de ce monde. Mais avant, elle donnerait ses organes puisque de toute façon, si on arrivait à ressuciter les morts, on saurait aussi recréer des organes vitaux artificiels plus efficaces et sans date limite...
A 24 ans, elle avait aussi peur de mourir que de voir un monstre sous son lit à 7 ans. Les nuits, elle craignait de s'éteindre dans son sommeil. Un ami m'a dit un jour : "La vie est une morte lente..." En effet, Gini se consumait rapidement à trop se demander ce qu'il adviendrait d'elle quand son cerveau et son coeur cesseront de fonctionner. Est-ce que son âme perdurerait ? Est-ce que pour l'éternité, elle ne serait plus rien ? Dieu, le paradis et toutes ces conneries-là, elle n'y croyait pas. Trop peu crédible. Une légende comme celle du foie de Prométhée ou du fil d'Arianne ou du Dahu. Elle ne cessait d'escompter cependant, qu'il pouvait y avoir un après, mais clôturait à chaque fois cet élan d'espoir passager par une phrase qu'elle finissait toujours par se dire : " Je ne serai pas là pour vérifier que je serai bien là." Elle était perdue. Elle regrettait parfois d'exister. Elle se disait que si elle n'était pas là, elle n'aurait pas à subir sa propre mort.
Un jour comme tant d'autres, elle alla au Starbucks d'en face. Un short en jean troué de partout, 13 dollars dans la poche arrière gauche, ses dernières volontés qu'elle prenait toujours avec elle dans la droite, des Bensimons "Jaune soleil" comme elle disait, un tee-shirt délavé sur lequel on pouvait lire : "Pour l'éternité, j'offrirais mon âme. Appelez le 555 6547 32 456." Comme tous les matins, elle se commandait un savoureux et revigorant frapuccino. Sauf que cette fois-ci, un type arriva, l'air très énervé, dans la boutique, un flingue à la main. Il tira en l'air d'abord - il devait regarder beaucoup la télévision. Puis il proféra des menaces bidons en disant que c'était une prise d'otages, qu'il avait un message à faire passer. Dramatisant toujours autant que d'habitude, Gini s'était dit qu'elle vivait les derniers instants de sa vie même si les secondes s'éternisaient. Dasn le petit fast-coffee, il y avait une vingtaine de personnes, personnel compris. Trois, quatre gosses dont un qui avait particulièrement envie d'aller pisser. "Il va bien tous nous faire buter celui-là" se dit Gini. Le gars qui les retenait avait l'air vraiment très nerveux et extrêmement irritable. Le moindre bruit le mettait dans tous ses états. Quant le gamin tout frétillant a couru vers les toilettes, l'abruti avec le flingue a levé son canon dans la direction de ce qui bougeait. "Je m'interpose en héros de passage comme ça au moins, j'aurai une belle mort."
Une enclume, une ancre, ou peut-être une balle de 9 mm a fait une déflagration monumentale dans l'espace confiné et bondé, déclenchant une multitude de cris assourdissants. "Fermez-la un peu, j'aimerai comprendre ce qui se passe." Deux secondes plus tard, elle sentit une énorme pression dans sa poitrine. "Un tank m'a roulé dessus ? Mais dans quel état va-t-on me retrouver ?! Non, je délire complètement là !" Baissant les yeux, elle vit des tâches rouges souiller les inscriptions de son tee-shirt. "C'est moi qui ai pris la balle ? Je n'ai rien senti, c'est déjà ça. Mais là, j'ai vraiment mal. Il est temps que ça s'arrête." Elle se sentit défaillir. Le preneur d'otages avait les yeux ressortis de la tête. Il a dû estimer que son message n'avait pas si grande importance, parce qu'il prit ses jambes à son cou et détala hors du Starbucks. La prise d'otages n'avait dûré qu'une dizaine de minutes. Pendant ce temps là, en fébrile équilibre sur les genoux, Gini se laissa cueillir par les bras d'un des ex-otages. Dans une agonie devenue presque indolore, Gini perçut de très très loin déjà, qu'on tenta de garder son sang à l'intérieur de son corps en appuyant une main ferme sur son nouveau piercing. Ses yeux vaquaient de paniqué en paniquée. Puis, elle vit le ptit garçon qui, vivant, la vessie vide et très reconnaissant, vint l'embrasser sur la joue pour la remercier. "Ses deux lèvres humides s'étaient collées à ma joue, je me la serai bien essuyée après mais le geste fut tellement touchant et mon bras tellement lourd que je décidai de ne pas vexer le petit. Il continue de me regarder. Je crois qu'il a compris que je ne survivrais pas et il désire m'accompagner. Il prit ma main sans me quitter des yeux. Je pleurais...encore. Putain, ma vie aura été encore plus courte que je ne l'imaginais. Mes larmes confondent mon anxiété, mon impatience que celà se termine parce que bien qu'on me regarde avec beaucoup de respect, tout le monde guette mon dernier souffle pour pouvoir enfin se barrer de cet endroit maudit, ma panique parce que je me rapproche de plus en plus de ce qui me terrorrise le plus et ma stupeur parce que ce foutu gamin est si émouvant à me comtempler comme il le fait, les yeux pleins de sagesse, comme s'il savait mieux que moi ce qui m'attendait. En tout cas, il avait l'air confiant. Alors je lui ai souri, puis mon corps s'est ramolli et "

14 novembre 2009 - Gini Lempkins - 24 ans - Heure du décès : 9h31.

"Une décharge électrique, non un poteau électrique... j'ai mal. J'ai mal. Aaaaaah !" Une intolérable douleur prenait racine au coeur de sa poitrine et s'étendait aux membres ainsi qu'au crâne. Elle ouvrit les yeux et respira à pleins poumons comme au premier jour : difficilement. Un effort ardu, une épreuve sélective. Seras-tu assez forte ? Sa première bouffée d'oxygène fut interminable. Elle comblait un manque, un sacré manque. Elle regardait autour d'elle, elle était comme un fromage sous une cloche de verre. Des milliers de fils reliaient des électrodes plaqués sur sa peau à des machines, à l'extérieur de la bulle. Elle tenta de parler mais aucun son ne sortit de sa bouche. Elle se ravisa. Elle choisit plutôt d'écouter ce qui se disait autour.

" - Le certificat dit qu'elle est morte en 2009, passer plus de 300 ans dans un congélo, ça doit éclaircir les idées, non ?
" - Un peu de tenue, elle doit être secouée.
" - Oh c'est bon, si ça se trouve, elle comprends plus rien de ce qu'on dit.
" - Comme toujours Tyson, tu es mauvaise langue, ses fonctions cérébrales marchent très bien. Et les greffes n'ont posé aucun problème, son corps régénère les tissus abîmés plus vite que nous n'osions l'espérer. Il lui faut un peu de temps, c'est tout. Vu ton habile verbe et ton tact sans pareille, je vais me charger moi-même de lui annoncer la nouvelle."

Celui avec la calvitie se rapproche de la capsule. Il me regarde à travers le plexiglas :
" - Bonjour mademoiselle, je suis le Docteur Williamson. Je suis ici pour vérifier que tout va bien pour vous, n 'essayez pas de parler. Vous devez être exténuée et vos cordes vocales sont sensibles après ce que vous avez enduré. Faites oui ou non de la tête. Avez-vous une idée de l'année dans laquelle nous sommes ?

Oui

- Pouvez-vous l'écrire sur un papier ?

Oui. Il ouvre un sas et tend une ardoise, met un feutre dans ma main. Avec moultes tremblements, je finis par écrire suffisament lisiblement : 2009. Il regarde l'ardoise, déconcerté.

- Vous ne savez donc pas pourquoi vous êtes là ?

Non

- Ne vous affolez-pas, tout va bien. Vous avez souscrit à une assurance décès qui vous a permis d'avoir la garantie que votre corps serait conservé à une température de - 72 °C et ce, indéfiniment. Est-ce exact ?

Oui

- Le contrat affirmait qu'en cas de découverte, votre corps pouvait être utilisé à des fins scientifiques permettant à votre organisme de fonctionner à nouveau. C'est juste ?

Oui

- Mademoiselle, ce jour est arrivé. Mais il a tardé. Nous sommes aujourd'hui en 2334 et vous êtes notre premier résultat concluant."

A suivre...
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Nuit du 18 juin. Entre 23H10 et 1H35 du matin. Environ 13 000 caractères sur téléphone portable et une bonne crise d'artrite après.

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# Posté le dimanche 04 janvier 2009 04:51
Modifié le mercredi 24 juin 2009 12:56